20-03-22-beni-soit-Dieu


Communauté protestante libérale

de Liège Marcellis

   Une communauté ouverte, tolérante,   

conviviale, dynamique,

en recherche.

 

Évangile et Liberté



Par souci de vérité et de fidélité au message évangélique,

Refusant tout système autoritaire, nous affirmons :


  • La primauté de la foi sur les doctrines,


  • La vocation de l’homme et de la femme à la liberté,


  • La constante nécessité d’une critique réformatrice,


  • La valeur relative des institutions ecclésiastiques,


  • Notre désir de réaliser une active fraternité entre les hommes qui sont tous, sans distinction, enfants de Dieu et frères et sœurs en humanité.

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ,

le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation (2 Corinthiens 1, 3)



Par Judith van Vooren



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Chers frères et soeurs,



Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ; il nous console dans toutes nos détresses, pour nous rendre capables de consoler tous ceux qui sont en détresse, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu.


Ce matin du 22 mars 2020, méditons ces paroles de Paul, adressées aux Corinthiens. Elles font partie de la liturgie pour le dimanche ‘laetare’, ‘réjouissez-vous’, qui constitue, dans la liturgie luthérienne, le centre du temps de Carême. J’aime ce dimanche et son nom, ‘laetare’ parce qu’il permet d’évoquer la joie de Pâques même s’il fait nuit noire encore. Il permet d’entendre la promesse de la consolation malgré la souffrance et la détresse. Il est comme un matin de grand soleil à la fin de l’hiver.


Souffrance et consolation. Paul s’attache à les nommer systématiquement ensemble. Console/détresses, souffrance/consolation, difficulté/consolation. Paul emploie le mot ‘consoler’ ou ‘consolation’ pas moins de dix fois, tandis que les mots ‘détresse/souffrance’ apparaissent sept fois dans ce bref passage. Paul connaît, comme chacun d’entre nous, son lot de souffrance. A Corinthe, il a subi une grave injure. Il a connu de graves problèmes au stade d'Ephèse (Actes 19) ; il a été roué de coups, puis jeté en prison avec son compagnon Silas (Actes 16) ; il a encore connu un naufrage à Malte (Actes 28). Le malheur qui l'a atteint avec Timothée, a dû être dur et dangereux : le péril que nous avons couru en Asie nous a accablés à l’extrême, au-delà de nos forces, au point que nous désespérions même de la vie. Oui, nous avions reçu en nous-mêmes notre arrêt de mort. (v. 8-9)


Dans le texte de ce matin, le malheur trouve son expression ultime lorsqu’il est dit : nous avions reçu en nous-mêmes notre arrêt de mort. (2 Co 1 , 9). Pourtant, chose étonnante, ce que nous retenons après lecture de ces versets n’est pas tant la souffrance ni le désespoir mais la consolation.


Nous avions reçu en nous-mêmes notre arrêt de mort…


Ici j’aurais bien marqué le texte d’un espace blanc, d’un silence…

Un silence comme pour mettre en évidence qu’il existe des situations où, humainement parlant, il n’y a plus rien à faire, plus rien à dire, plus rien à espérer ! Devant la mort, l’homme est impuissant, désarmé et nu. Mais arrivé à ce point de non-retour, Paul annonce, comme une profession de foi : Notre confiance ne pouvait plus se fonder sur nous-mêmes, mais sur Dieu qui ressuscite les morts. C’est lui qui nous a arrachés à une telle mort et nous en arrachera ; en lui nous avons notre espérance : il nous en arrachera encore !
Voilà que Paul nous conduit au coeur de la foi chrétienne : dans la souffrance expérimenter la consolation et la présence de Dieu. Au plus profond du désespoir naît la foi en la résurrection.


Quelques remarques concernant la consolation.


  1. Toute consolation trouve sa source en Dieu. C’est pourquoi Paul l’appelle Dieu de toute consolation. Et Paul commence par la louange de Dieu qu’il appelle ‘Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation’. Avant de dire ses souffrances, Paul témoigne du Vivant. En choisissant cette ordre des choses , il confesse que Dieu précède et en entoure nos souffrances de sa consolation. Une pensée qui domine également ce texte du prophète Esaïe :

    Un bref instant, je t’avais abandonnée, mais sans relâche, avec tendresse, je vais te rassembler.
    Dans un débordement d’irritation, j’avais caché mon visage, un instant, loin de toi, mais avec une amitié sans fin je te manifeste ma tendresse, dit celui qui te rachète, le Seigneur.
    C’est pour moi comme les eaux de Noé : à leur sujet, j’ai juré qu’elles ne déferleraient plus ces eaux de Noé, jusque sur la terre ; de même, j’ai juré de ne plus m’irriter contre toi et de ne plus te menacer.
    Quand les montagnes feraient un écart et que les collines seraient branlantes, mon amitié loin de toi jamais ne s’écartera et mon alliance de paix jamais ne sera branlante, dit celui qui te manifeste sa tendresse, le Seigneur. (Esaïe 54 , 7- 10)


  2. Notons que la consolation connaît une conjugaison au passif. Si Dieu console, c’est que nous sommes consolés. La consolation, et on peut traduire aussi bien par encouragement, c’est ce qui peut nous arriver de bien, de mieux, comme une grâce qui nous ‘tombe dessus’. Elle st pure grâce, elle est gratuite, elle ne se mérite pas. La consolation connaît la conjugaison au passif parce qu’elle est don, encore faut-il adopter l’attitude du mendiant et reconnaître la fragilité de l’existence. Là où il a l’habitude de commencer ses lettres avec des salutations chaleureuses, félicitant ses lecteurs pour la foi, l’amour, la grâce et leur combat pour le rayonnement de l’Évangile, ici Paul se limite à la bénédiction de Dieu. Reconnaissant ainsi sa fragilité, le terrain est préparé pour la consolation mutuelle.

  3. Car enfin, et c’est ma troisième remarque, si la consolation est don, elle est reçue pour être communiquée, transmise. La consolation est profondément relationnelle et réciproque. Dans ce sens elle marque la structure même de l’Église en tant que communauté solidaire. Solidaire dans la joie et solidaire dans l’adversité et la souffrance. D’ailleurs, en grec, l’Église se dit ekklesia, la consolation se dit paraklesia. Les deux termes ont en commun le verbe kaleo, appeler. Si l’Église est formée par ces individus appelés ‘de’ - ek- ce monde, pour former ainsi un corps nouveau, ses membres sont également appelés à la ‘proximité’ - para- les uns des autres. L’Église est ce corps composé d’individus, appelés, extirpés du monde, pour former un corps marqué par la proximité et la solidarité. La consolation est donc contagieuse. Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation ; il nous console dans toutes nos détresses, pour nous rendre capables de consoler tous ceux qui sont en détresse, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu.


C’est la vocation de l’Église d’être consolatrice. Nous avons à apporter à nos frères et soeurs et à l’humanité malheureuse la consolation que nous avons-nous-mêmes expérimentée. C’est là où le verbe cesse de se conjuguer au passif. Je voudrais penser cette consolation, avant tout, comme une proximité ; aujourd’hui, en ces temps de confinement, nous devons réinventer cette proximité. La technique vient à notre rescousse, téléphone, internet, facebook, skype et autre. La Poste fonctionne toujours, nos cartes et lettres feront le bonheur des personnes moins ‘connectées’. La prière n’est retenue par aucune barrière, aucune frontière. Cette proximité bienveillante va permettre un déplacement, une résurrection. Car, consolé, l’homme se relèvera de sa tristesse ; consolée, la femme reprendra goût à la vie ; consolés, les enfants construiront leur avenir.


La consolation vient annoncer une nouvelle aurore, un matin de grand soleil à la fin de l’hiver. Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation !




Le pasteur luthérien allemand Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), résistant au nazisme nous laisse ce credo :


Je crois que Dieu peut et veut faire naître le bien à partir de tout, même du mal extrême. Aussi a-t-Il besoin d’hommes pour lesquels « toutes choses concourent au bien ».


Je crois que Dieu veut nous donner chaque fois que nous nous trouvons dans une situation difficile la force de résistance dont nous avons besoin. Mais Il ne la donne pas d’avance, afin que nous ne comptions pas sur nous-mêmes, mais sur Lui seul. Dans cette certitude, toute peur de l’avenir devrait être surmontée.


Je crois que nos fautes et nos erreurs ne sont pas vaines et qu’il n’est pas plus difficile à Dieu d’en venir à bout que de nos prétendues bonnes actions.


Je crois que Dieu n’est pas une fatalité en dehors du temps, mais qu’Il attend nos prières sincères et nos actions responsables et qu’Il y répond



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